Vous êtes un survivant, et votre destin est d'affronter ce monde devenu hostile pour l'être humain. Parcourez donc les ruines de Washington DC, et vivez votre vie en grand ... Avant de mourir. [Post-apocalyptique]
 
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Parfois il est temps de quitter cette Terre pour retourner dans le ciel avec ceux qui nous attendent depuis trop longtemps (Feat ceux qui veulent)

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Voyageurs
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Voyageurs
Erwan Ashton
MessageSujet: Parfois il est temps de quitter cette Terre pour retourner dans le ciel avec ceux qui nous attendent depuis trop longtemps (Feat ceux qui veulent) Mer 23 Déc - 19:21




« Parfois il est temps de quitter cette Terre pour retourner dans le ciel avec ceux qui nous attendent depuis trop longtemps  »


Depuis combien de temps étais-je allongé dans ce lit à fixer le plafond de cette chambre sans pouvoir rien faire d'autre ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Quelques heures ? Quelques jours ? Quelques semaines ? Quelques mois ? Je ne sais plus. Je me souviens juste du jour où j'ai commencé à cracher du sang. J'ai compris que j'étais malade. Simplement et que j'allais mourir. Je l'avais caché à Ellanna. Je ne voulais pas qu'elle s'inquiète pour un connard dans mon genre. J'étais allé louer une chambre dans une auberge pour pouvoir me reposer, et surtout pour qu'Ellanna puisse se reposer, j'avais payé pour deux ou trois mois de chambre. Je ne le savais plus. Mais surtout, je l’avais libéré avant d'entrer en ville. Je l’avais senti que j’étais malade quelques jours avant d’en avoir la confirmation. J’avais donc détaché son collier et je l’avais jeté au loin avec un magnifique sourire pour elle. Je crois qu’elle n’avait plus besoin de moi. Elle savait de nouveau parler et elle pouvait s’en sortir très bien sans un boulet de mon genre accroché au pied. Mon corps avait supporté l’attaque des Riders, mais après très rapidement ma peau était devenu grisâtre et parcheminé et je n'avais plus eu la force de me lever, marcher ou autre. Et elle avait compris aussi que j'allais mourir. Dire qu’avant mon départ pour mon dernier voyage terrestre, je m’étais engueulé avec Sam’ et elle m’avait traité de “Connard” et de “Prostitué en manque” aussi, je crois. Elle était très intelligente. Parfois stupide mais quand même, je l’adorais. De façon totalement platonique soyons d’accord. Cette idiote allait me manquer dans l’autre monde… J’aurais tellement aimé la serrer dans mes bras au moins une dernière fois et lui embrasser le front. La rassurer, pour lui dire que je ne lui en voulais pas. Mais je n’allais pas pouvoir. C’était con….  Un souvenir se dessina devant mes yeux… La nuit autour du feu de camp avec Sam’, sa soeur et son ami… Cela avait été une des plus belles soirée de ma vie... J’aurais voulu rassurer Ellanna aussi…. Mais ce n’était plus possible, j’avais beau lui sourire tous les jours, mais aujourd'hui, je ne pouvais pas, en sachant que c'était la fin. Je n'arrivais même plus à boire. Ellanna était près de moi. Elle pleurait. Je tendis une main de vieillard et attrapai son stylo. J'inscrivis très lentement ces mots sur son carnet
« Ne pleure pas mon Ellanna, ne t'inquiète pas pour moi... »
Le stylo m'échappa des mains et roula jusqu'au sol. Je refermais les yeux. C'était si dur... Trop dur pour moi. Je sentis soudain un filet de sang me couler le long du menton. Non ! Pas maintenant ! Encore quelques instants s'il vous plaît ! Je les rouvris avec un effort colossal les yeux et repris le stylo « Dis à Sam' que je lui pardonne pour ce qu'elle m'a dit..... J'ai un dernier cadeau pour toi, je t'offre tout ce que je possède... Sois heureuse mon Ellanna. Je suis désolé pour tout ce que je t'ai fait subir... Pardon... »
Le stylo m'échappa de nouveau des mains alors que je sentais d'autre filets de sang coulaient sur mon menton. J’avais murmurais chaque mot inscrit sur le carnet, mais je doutais qu’Ellanna les ais entendus ou même compris. J’avais les lèvres si sèches. Je la laissais tomber dans sa main et ma main retomba sur le lit en un bruit mat. C'était déjà une main de cadavre. Je toussais et des gouttes de sang voltigèrent dans les airs devant mes yeux douloureux. Ma vie volait dans les airs sous mes yeux de vieillard. Et je ne pouvais rien y faire. Je sentais le sang dégouliner le long de mon menton et sur mon torse. Je clignais des yeux et lentement, je tournais la tête vers Ellanna. Je lui fis un sourire qui étira mes lèvres aussi grises que ma peau. Je sentis bientôt les battements de mon cœur ralentir. Je vis la lumière du soleil sur le plafond lentement envahir mon champ de vision et les pleurs d’Ellanna quittèrent mon audition. Ils furent remplacés par des cris de joie

-Grand-frère ! Grand-frère par ici !
-Erwan chéris ! Viens !

Ma mère et ma sœur ! Je sentis mes lèvres terrestres murmuraient leurs noms et s’étiraient en un dernier sourire avant que mes bras d’esprit serrent contre moi les deux premières femmes les plus importantes dans ma vie. Je m’enivrais du parfum de ma sœur et celui de ma mère puis ma conscience disparu. Mon corps expira une dernière fois et un long filet de sang coulait le long de ma joue jusque dans mon cou.


C O D A G E  P A R  @G A K I.  S U R  E P I C O D E
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Esclaves
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Esclaves
Sarynn N. Estrella
MessageSujet: Re: Parfois il est temps de quitter cette Terre pour retourner dans le ciel avec ceux qui nous attendent depuis trop longtemps (Feat ceux qui veulent) Sam 26 Déc - 11:52



Tu avais promis de toujours veiller sur moi...


Depuis combien de temps n'arrivais-je plus à pleurer ? Depuis combien de temps Erwan était-il malade ? Je ne le savais plus. J'avais perdu la notion du temps. Des semaines, des jours ? Cela revenait au même alors à quoi bon compter ?
Si, c'est important. Parce que c'est comme ça que je peux suivre ma propre évolution et celle de l'embryon qui est niché dans mon ventre.
Foutu embryon d'ailleurs.
Un mois. Un mois s'était écoulé depuis l'attaque, un mois que nous étions dans ces contrées, un mois que l'état d'Erwan s'empirait, un mois que je craignais de perdre mon maître, un mois que je réalisais ma solitude imminente, un mois que je ressassais le passé heureux que j'avais eu avec lui, un mois que je flippais à l'idée de perdre le seul ami que j'avais jamais eu.
Un mois que je me disais que chaque mot qu'il m'adressait bien que je ne l'entende pas pouvait être le dernier.
Un mois que je me disais que quand je me réveillerais, il sera peut-être déjà parti pour toujours.
Qu'est-ce que je vais faire moi sans lui ? Je vais errer sans but, le regard vide, désespérant à propos du désert qu'est ma vie ? Je vais devenir une goule en m'exposant aux radiations ? Je deviendrais une pute dans la ville ? Je deviendrais l'esclave de quelqu'un d'autre au risque de tomber sur un enfoiré de première ? Et ce gosse qui arrivera dans neuf mois ? Serais-je capable de l'élever seule ? Vivra-t-il seulement plus d'une semaine ? Vivra-t-il tout court ? Quelle vie pourrais-je bien lui offrir, moi sa mère pas fichue d'être libre et d'avoir un peu d'argent dans ce monde de brutes ?
Au final, tout cela ne me ramène qu'à une question.
Qu'est-ce que je suis sans lui ?
Rien.
Rien du tout.
Je suis un visage parmi tant d'autres, je suis une femme parmi des milliers, tout juste bonne à être sautée pour gagner un peu d'argent et encore, je suis une esclave inutile, je suis une misérable qui n'a rien à elle et qui ne sert rien faire d'autre que se taire et écouter. En l'occurrence, je ne peux rien écouter.
Je suis sourde.
Pour toujours.
Quel avenir puis-je offrir à mon fils ou à ma fille à venir si je ne m'entends pas parler ? Et s'il ou elle héritait de ce handicap ? Non, impossible. Ce n'est pas héréditaire, je le suis devenue suite à une explosion. Mais même.
Je suis inutile en tout et pour tout le monde.
Pas fichue de me débrouiller toute seule, pas fichue de parler correctement, pas fichue d'entendre quoi que ce soit, pas fichue de se fondre dans la masse, pas fichue d'être comme tout le monde, pas fichue d'être jolie, pas fichue de retenir ses larmes, pas fichue de cesser de rêver, pas fichue de sourire, pas fichue d'afficher ne serait-ce qu'un peu de joie quand bien même elle serait fausse, pas fichue de s'intéresser aux autres.
Pas fichue d'être normale.
Pourtant j'aurais tellement voulu être normale, plaire à tout le monde, faire des efforts mais au bout d'un moment, c'est plus possible on est obligé de baisser les bras.

Et c'est exactement ce qu'est en train de faire Erwan face à la maladie.

Alors oui, agenouillée devant son lit, j'étais incapable de me tenir correctement, incapable d'esquisser le moindre sourire quand bien même il aurait été faux, incapable de me rassurer moi-même, incapable de le rassurer.
Incapable de retenir mes larmes.
Je les sentais ces perles salées qui sortaient doucement de mes yeux et qui roulaient le long de mes joues, se rejoignant sur la pointe de mon menton et tombant sur la couverture de mon maître ou sur le reste de pantalon que j'avais. Elles ne s'arrêtaient pas, elles coulaient et étaient de plus en plus nombreuses, chaque larme me tuait un peu plus de l'intérieur. Et cet abruti mourant que j'affectionnais tant qui me disait de ne pas pleurer, que ça n'était pas grave, pour un peu je l'aurais baffé. Il voulait quoi ? Que j'oublie toute cette merde, que je passe l'éponge sur ce nouveau désastre, que j'aille de l'avant, que je sourie de nouveau, que je me débrouille, que je crois en moi ? Impossible. Je ne peux pas faire ça.
J'étais là, les bras sur la couette, la tête baissé, pleurant toutes les larmes de mon corps et lui, il écrivait. Il écrivait avec ce foutu stylo sur ce foutu bout de papier. Le grattement de la mine sur la feuille rêche se faisait incessant et agaçant et j'aurais voulu lui crier d'arrêter tout ce boucan, j'aurais voulu lui dire qu'il n'étais pas question qu'il me donne ce papier parce qu'au fond, je savais parfaitement ce que cela allait représenter pour moi.
Ses dernières paroles.
Ses derniers écrits.

Le stylo tomba et le papier glissa devant moi, je l'attrapais mais je n'osais pas l'ouvrir, ça symbolisait bien trop de choses pour moi. Un au revoir, un adieu, une énième perte, la douleur, le cœur à vif, des larmes, des regrets, des peurs, des cris, de la haine, de l'affection.
Plus encore ça voulait dire "Démerde toi pour survivre."
Les mains tremblantes, je l'ouvris sans vraiment le vouloir et je le lus, les larmes continuant leur course sur mon visage.

« Dis à Sam' que je lui pardonne pour ce qu'elle m'a dit... J'ai un dernier cadeau pour toi, je t'offre tout ce que je possède... Sois heureuse mon Ellanna. Je suis désolé pour tout ce que je t'ai fait subir... Pardon... »

J'aurais envie de lui hurler de se taire, de ne rien ajouter de plus, j'aurais voulu lui hurler dessus, lui intimer l'ordre de cesser cette foutue mascarade. J'aurais voulu lui dire tout ça mais les mots manquaient, je n'arrivais pas à articuler la moindre chose, j'étais tétanisée pour je ne sais quelle raison, mon cœur battait la chamade, j'entendais chaque battement. Comme quand il se passe quelque chose et puis que tout s'arrête pour ensuite tout reprendre quelques instants plus tard et que, durant ce blanc, tout ce qu'il vous reste c'est votre peur à deux balles et votre cœur qui vous rappelle que vous êtes toujours vivants même si vous voudriez ne plus l'être.

Le sang coule sur son menton et mes larmes se tarissent. Pourquoi ? Je suis encore triste. J'ai besoin que ces larmes partent. Oh ! Je suis triste, sortez putain ! J'ai besoin que vous sortiez, vous êtes mon exutoire, ce qui me rend humaine ! SI je ne pleure plus quand quelqu'un que j'aime meurs ce n'est pas normal et je veux être normale ! Je veux pleurer parce c'est ce qui fait de moi un être humain comme tout le monde !
Bataillant contre moi-même, je remarquais qu'Erwan me regardait.
Il souriait.
Il osait sourire cet imbécile.
Il n'a pas le droit d'être aussi jovial dans un moment pareil.
Il sembla murmurer quelque chose car ses lèvres bougèrent puis ce fut le vide.

Plus rien.
Son torse ne se soulevait plus, même pas faiblement. Son sourire macabre se figea sur ses lèvres rendues grises par la maladie, la malnutrition et la déshydratation. Ses yeux étaient toujours ouverts et semblaient me fixer sans me voir, il n'y avait plus d'éclat en eux, ils avaient perdu leur lueur amusée, ce petit regain de vie qu'ils avaient en eux jusqu'alors et moi, pauvre esclave seule au milieu de cette chambre, je ne comprenais pas.
Je ne voulais pas comprendre.
Le silence ne m'avait jamais semblé aussi pesant. Je sais bien que le silence est mon compagnon depuis presque toujours mais cette fois-ci c'est différent, quelque chose s'y est ajouté. Et puis, d'un coup, sans prévenir, tout vient en même temps. L'amertume et cette douleur sourde qui résonne dans mon cœur et qui ravage tout sur son passage. Cette sensation d'abandon que j'aurais voulu ne plus jamais ressentir et ce poignard qui m'enserre le ventre comme jamais auparavant.
Et puis j'explose.

T'as pas le droit ! Reviens! T'as pas le droit de me laisser seule abruti, j'ai besoin de toi ! Je me fous royalement des tes affaires, j'en veux pas, je te veux toi ! T'as pas le droit de me faire ça putain, t'as pas le droit de partir et de me laisser me démerder ! J'y connais rien, qui prendra soin de moi quand j'irais mal ou quand l'inconnu me fera peur ? C'est qui qui pourra m'aider pour ce foutu gosse que j'ai dans le bide ? C'est qui qui me rassurera maintenant pendant mes nuits blanches ? T'as promis ! T'avais promis de toujours veiller sur moi quoi qu'il arrive ! Reviens bordel de merde, t'as pas le droit, reviens !

Je frappais la couverture, le matelas, je me levais et balançais un coup de pied dans le mur et, bien que je me fasse mal, ça n'était rien comparé à ce qu'il se passait dans ma tête. Je donnais un coup de poing dans le mur puis un autre et un autre encore. Je faisais du bruit sans doute, je devais déranger les chambres voisines mais je m'en foutais complètement. C'était lui l'important.
Je m'affalais de nouveau devant le lit, vidée de mes forces. Je regardais mes mains durant un instant. Elles étaient rouges de sang mais rien n'était cassé, tant mieux. J'avais pas envie d'aller voir l'autre tête de con de médecin, j'avais pas envie qu'il me voit dans cet état-là ou qu'il me demande ce qui s'était passé pour que je me fasse mal.

T'avais promis putain... soufflais-je dans un dernier soupir.

Je ne perdais pas mon temps à le secouer, c'était inutile. Il n'était pas avec moi.
Plus là.
Parti.
Absent.
Envolé.
Mort.

Je descendais voir le gérant de l'auberge et je lui demandais une pelle. Il me posa une question mais je ne l'entendis pas de toute façon et je n'avais pas de temps à perdre à lire sur ces lèvres, je n'en avais rien à foutre de ce qu'il me racontait. Je faisais ce que j'avais à faire et il n'avait pas à s'en mêler.
J'allais donc dehors, gagnais à pied la sortie de la ville et je trouvais un coin pas mal près d'un rocher. Je commençais à creuser, faisant abstraction de ma peine et de ma douleur physique.
Je suis faible certes. Mais il fallait que je crois que j'étais forte. Je n'y serais jamais arrivée sinon.
Des heures plus tard je revenais à l'auberge dans la chambre. Ça commençait déjà à puer le mort mais je m'en fichais pas mal j'avais connu pire. J'enroulais les draps par dessus le cadavre de mon maître et je fouillais dans son sac de voyage pour en sortir une corde que j'attachais tout autour histoire d'éviter qu'une personne dans la rue ne se rende compte de ce que je transportais sur mon dos.
Je logeais mon petit sac d'un bleu clair délavé dans le sien que je mis sur mon dos. Bon.
Maintenant il fallait que je porte un corps qui pesait au moins 80 kilos de son vivant et qui devait en peser une centaine dans la mort. Du haut de mes 1,75 mètres, 43 kilos, ça n'allait pas être de la tarte. Je ne pouvais décemment pas le balancer par la fenêtre pour le récupérer quand je descendrais. Quoique...
Sinon je pouvais toujours passer devant les clients de l'auberge avec le corps emballé dans les draps en mode "Coucou, je passe".
Mouais non.
Mauvaise idée.
Je soupirais et regardais par la fenêtre en espérant que ça ne soit pas trop haut. Quelle ne fut pas ma surprise en apercevant un énorme tas de paille qui montait progressivement en une sorte d'escalier bizarre. J'aurais qu'à le balancer du haut de deux mètres puis, une fois dehors, je monterais sur la paille et je le ferais glisser jusqu'à moi.
Bon. Faudra espérer que personne ne remarque ce petit manège dans la rue sinon ça risquait de ne pas le faire.
Je mis donc mon pan à exécution et je me dépêchais de sortir de l'auberge, ne daignant même pas accorder un regard à l'aubergiste.
Une fois le corps récupéré, je fis en sorte de le porter sur mon dos mais entre le sac bien rempli, le cadavre et mon poids plume, ça allait être dur. De loin, on aurait pu dire que je venais de prendre une cuite tellement ma démarche était maladroite et pleine de zigzags.
Après de pénibles efforts, je parvins enfin à la tombe de fortune que j'avais creusée un peu plus tôt. Je le poussais dedans et ramenais la terre par dessus son cadavre. Je m'arrêtais un moment et dégageais sa tête du drap blanc. Il avait conservé son sourire.

Je te déteste tant... J'espère que tu vas tellement te faire chier là-haut que tu voudras revenir.

Je balançais le reste de terre sur sa tête et je plantais une croix que j'avais fabriquée sur un bout de bois assez large sur lequel je gravais "Un sourire pour l'éternité".
Ça le représentait bien ce guignol.

Je serrais les poings pendant que je revenais aux abords de la ville, son sac sur le dos, seul preuve de sa présence auprès de moi durant toutes ces années. Je regardais droit devant moi mais je ne regardais pas vraiment, je voyais sans voir, mon regard était peut-être aussi vide que le sien. J'avisais un petit bâtiment, un commerce sans doute vu le quartier où nous étio... où j'étais. Il y avait un escalier de secours à l'arrière. J'y montais tant bien que mal, presque inconsciente de mes faits et gestes. Arrivée au toit, je continuais de marcher jusqu'au bord. Il y avait un petit muret et, sans réfléchir, je montais dessus et je baissais la tête, scrutant les passants en dessous de moi.

Il y a une petite fille aux cheveux bleus clairs avec un ruban rouge carmin dans les cheveux. Elle portait une robe de couleur claire et des sandales. Elle souriait d'un air radieux aux côtés de sa mère qui lui achetait une glace. Symbole même de l'innocence.

Il y avait un adolescent à la carrure imposante qui avait les yeux cachés par les mains de sa petite copine ou de sa sœur, d'une fille en tout cas. Elle le guidait et il ne semblait pas avoir peur, ils riaient tous les deux, ils avaient l'air heureux. Symbole même de la confiance.

Il y avait une jeune femme aux cheveux d'un orange aussi flamboyant que les flammes et des yeux d'un bleu si polaire, si électrique. Elle avançait dans les rues sans se douter une seule seconde que l'homme se tenant pas loin la suivait depuis un moment déjà. Symbole même de l'insouciance.

Il y avait ce vieil homme qui avançait en souriant chaleureusement à tout un chacun, s'appuyant lourdement sur sa canne. Son crâne était chauve et ses yeux étaient emplis d'une bienveillance sans égal. Il ne se doutait pas que le gamin qui portait ses courses commençait à s'éloigner de pus en plus de lui, un malin sourire sur les lèvres. Symbole même de la naïveté.

Symbole même de tout ce que j'avais perdu au fil du temps.

Je m'apprêtais à repartir voire à sauter, je ne savais pas très bien mais quelque chose m'en empêcha.
Il y avait cet homme en face de moi dans la rue. Il me voyait, me fixait sans détourner les yeux et, tandis que je soutenais son regard, ce fut comme si nous lisions dans les pensées l'un de l'autre.
Il était maigre à faire peur, ses lèvres paraissaient desséchées au point de se craqueler horriblement, ses épaules bougeaient en rythme de sa respiration tant elle devait être pénible. Ses vêtements n'étaient plus que des haillons et ses yeux avaient perdu leur éclat si jamais ils en avaient eu un.

Tu es comme moi. Livré à toi-même dans ce monde de merde que tout le monde prétend parfait alors que la loi du plus fort règne et que nous autres, misérables, ne pouvons pas espérer survivre très longtemps sans l'aide de personne. Tu es comme moi, tu as perdu ta joie de vivre, tu as perdu ce bonheur qui faisait de toi un homme comblé par la vie, tu n'as plus que les regards de pitié des autres, leurs moqueries, un bout de pain si tu as de la chance et en attendant, ceux qui prétendent se bouger le cul pour aider les plus faibles et les plus pauvres dorment sur un lit de fric immérité en nous pointant du doigt en rigolant grassement.
Je te connais. Tu es moi.
Je te comprends. Tu es moi.
Nous sommes des étrangers mais nous sommes la même et unique personne.
Nous sommes des milliers à n'être qu'une seule et même personne.

Je le vois qui affiche un minuscule sourire et je ne peux m'empêcher de faire pareil.
Tant de choses peuvent passer dans un regard.
Je détourne les yeux et je continue de contempler ce quartier dont je n'ai rien à faire.
Inconsciemment, ma main gauche vient se poser sur mon ventre, passant sous mon tee-shirt, caressant doucement cette peau douce qui bientôt serait gonflée. Je comptais bien garder ce môme aussi difficile cela sera-t-il. Il ne serait pas sourd et moi si mais je m'en fichais. Il vivrais dans un monde de merde et j'en étais désolée d'avance pour lui mais je m'en fichais. Il vivrait, il m'aimerait ou pas, mais il vivrait et je ne serais plus seule. J'aurais de quoi occuper mes journées.
Je me retournais et, d'un coup, je me sentis tomber. Je lâchais un bref soupir. Ça allait faire mal ça.
Mon dos cogna de plein fouet contre le sol et la douleur me coupa le souffle tandis que ma tête aussi se prenait le sol.
Enfin le sol, le sol du toit plutôt. J'avais eu de la chance de ne pas tomber du mauvais côté.
De la chance...
SI seulement j'en avais eu plus souvent de cette foutue chance.
Je soupirais pour ensuite m'allonger contre le toit plat. J'observais les nuages qui me surplombaient tandis que je sentais le vent caresser mon visage tandis que mes cheveux roses volaient dans tous les sens.

Sois heureux. Adieu. murmurais-je à la brise.

Le vent tournoya de plus belle, m'arrachant un petit sourire.
Un sourire pour l'éternité.

© Codage by Ella'
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